Cassant et sec: Londres dans la vague de chaleur

Dry grass on Weavers Fields during the July 2022 heat wave.
L’herbe sèche sur Weavers Fields pendant la vague de chaleur de juillet 2022.

La pelouse spacieuse d’un parc est-londonien, atteignant 37 degrés Celsius, se transforme en vide aride.


par Jay Richardson
lundi 18 juillet 2022


Le bruissement sec des feuilles mortes se fait entendre partout. Elles se dispersent au parc, sur la rue que je prends en route pour le train, dans les caniveaux, et sur les allées. L’air chaud qui passe comme vente ne soulage pas du tout la chaleur intense, qui se fait sentir encore plus dans le soleil.

C’est une changement de sentiment total par rapport à l’incarnation de Londres auquel on est fait la chronique, il y a seulement six mois, avec une collection modeste d’enregistrements de terrain dans un parc petit et bizarrement formé à Shoreditch qui s’appelle Weavers Fields. Malgré la faiblesse de l’herbe éparpillée au centre du parc, on a entendu un refuge naturel gazouillant et froissant aux arbres et aux haies de ses bordes. Mais c’était en hiver—même un hiver doux—et on avait déjà senti la fragilité du refuge au périmètre du parc. Connaissant l’arrivée des températures dépassant 40 Celsius le lundi, je suis retourné à Weavers Fields afin de découvrir ce qui pouvait rester de ce caractère subtilement vivant.

Les visages des gens entrant dans l’Overground de Londres ont fait presque un rayon de soulagement en rencontrant la climatisation. Les nouveaux venus ont ouvert les portes du train et ont soupiré visiblement de gratitude. Bientôt ils ont commencé à discuter des matières ordinaires plus que la vague de chaleur: «Je pars pour un enterrement de vie de garçon le vendredi», «La réunion ce matin s’est bien passée?», «C’est pas vraiment mon travail de lui demander cela, ça devrait être Charlie». Les rues à l’extérieur des fenêtres du train n’ont montré aucun signe de vie jusqu’à ce que j’ai repéré un cycliste zigzaguant entre les entrepôts en brique de Shoreditch. Sur le plateforme, tout le monde a bougé délibérément, ayant envie de ne pas passer plus de temps dans ces températures caniculaires qu’absolument nécessaire. Clairement, plusieurs jours d’alarmes venant du bureau météorologique ont relayé leur message escompté: Prenez pas de risques pendant la vague de chaleur.

Franchement, j’ai été surpris de voir les trains fonctionner. On a vu aussi d’ambulants et d’éboueurs, mais ils ont bougé de manière langoureuse, quelques uns portant serviettes humides sur la tête, et quelquefois faisant une grimace. Tous les cent ou deux cent mètres, un climatiseur ou boîte de raccordement a soufflé l’air chaud dans la rue avec un hurlement effrayant.

Mais essentiellement, le monde est apparu normal: les gens ont tenu bon et ils se sont même prélassés dans la chaleur. Les oiseaux ont encore gazouillis, je n’ai vu personne évanouir de déshydratation, et presque tous les cafés indépendants ont gardé leurs portes ouvertes. Les personnes qui étaient sorties, pour fumer ou pour regarder les effets de la chaleur ou tous les deux, avaient l’air d’être déterminées à rester dehors. L’homme bouclé que j’avais passé sur Cheshire Street, se détendant dans un pull blanc sans manches et tricoté, restait toujours là quand je suis revenu après une demi-heure. Les moineaux ont gazouillis plus que d’habitude, et Londres a ressemblé momentanément comme Hong Kong, ce qui était le dernier endroit où je me suis trouvé dans ce genre de chaleur.

Weavers Fields n’a pas ressemblé comme Hong Kong. Le pont ferroviaire à la limite sud du parc a toujours ému son grondement réconfortant et familière, mais le reste du lieu ressemblait comme une poudrière. Le vent a remué les branches des arbres extrêmement sèches et les sacs poubelle en plastique fin, et sous pied on a entendu ce qui avait été l’herbe, maintenant poudreux et démoralisé. Aussi incroyable que ça puisse paraître, les haies ont toujours fourni un abri à une groupe de moineaux plein de vie, mais ils ne se sont trouvés nulle part ailleurs, presque comme s’ils ont fait dire que l’aubépine vieux était le meilleur refuge. Les gens se sont aussi rassemblés là-bas, mais on ne pouvait pas trouver d’enfants, ni de personnes âgées, même dans l’ombre. La plupart du reste du parc a ressemblé comme étouffé et clairsemé. Le paysage sonore avait une qualité désastreuse, exactement comme Cambridge pendant le premier confinement du Covid.

Au coin de la rue, un camion de glaces a sonné fort, et pertinemment. Cependant, sa jovialité a agacé le paysage sombre du parc et l’alarme pressant du climat qu’on a entendu de cette température insupportable. Le contact de l’air avait une qualité de sable, à la fois lente et rugueuse. Je ne prétend pas que ces sensations s’appliquent à tous le monde en plus de 40 degrés de chaleur, mais je n’y suis pas habitué, et déjà je me suis senti le cerveau avoir de plus en plus peine à me concentrer. A l’autre côté de la clôture du parc, les feuilles se sont traînées le long de la terre comme du papier. Le métropole animée avait été finalement réduite à ressembler à l’intérieur d’un bureau.

Au retour, un train est arrivé qui ne m’aurait pas porté pendant tout le chemin jusqu’à chez moi, mais ça m’était égal. J’ai appuyé sur le bouton pour ouvrir les portes et j’ai commencé à respirer correctement encore une fois. À ce moment-là, environ quatre heures l’après-midi, j’avais vu quelquefois le visage tout rouge de quelqu’un qui n’avait l’air d’aller précisément bien, la tête s’avachie à l’un côté et le regard vide, ressemblant d’être proche à faire tomber sa bouteille. La dame à côté de moi s’est déplacée nerveusement sur son siège. ◼️